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L'Antéchrist
Peut être le point clé à considérer est le numéro 8 - ce
personnage mystérieux de l'antéchrist. Comme nous l'avons vu plus haut,
le Catéchisme nous dit que cet homme orchestrera une "imposture
religieuse apportant aux hommes une solution apparente à leurs
problèmes au prix de l'apostasie de la vérité."
L'antéchrist
n'apparaîtra pas comme un homme effrayant, méchant et avec des cornes.
Au contraire, il sera certainement une personne charismatique qui
proposera des solutions séduisantes aux plus grands problèmes
qu'affronte l'humanité, tels que les divisions et les guerres, le
terrorisme, la pauvreté ou les dommages faits à l'environnement.
Avec tous les conflits, les peurs et l'insécurité qui s'étendent de par
le monde, les gens seront tellement fatigués de tous ces troubles
qu'ils désireront un dirigeant - quel qu'il soit - qui restaurera la
paix, l'ordre et la sécurité. Il se fera probablement l'avocat d'une
religion ou d'une philosophie universaliste et dissolue qui unira tous
les peuples
"au delà des crédos et des dogmes." Ce sera la reconstruction moderne
de la tour de Babel où l'homme proclamera de nouveau: "Allons !
Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet pénètre les cieux !
Faisons-nous un nom !" (Gn 11,4) et où l'homme cherchera à
actualiser la tentation originelle dans laquelle "Par la séduction du
diable, il a voulu "être comme Dieu" (cf. Gn 3,5),
mais "sans Dieu, et avant Dieu, et non pas selon Dieu" (CCC 398).
Le Catéchisme explique plus loin que le règne de l'Antéchrist
sera
celui "d'un pseudo-messianisme où l'homme se glorifie lui-même à la
place de Dieu et de son Messie venu dans la chair" (CCC 675). Comme le Christ l'avait
lui-même prévenu: "Je viens au nom de mon Père et vous ne m'accueillez
pas; qu'un autre vienne en son propre nom, celui-là, vous
l'accueillerez."
(Jn 5,43). En d'autres mots, le "mystère d'iniquité" se manifeste
lorsque l'homme cherche fièrement à "réparer le monde" à sa
façon,
tout en laissant Dieu et Sa révélation de côté:
Cette imposture anti-christique se dessine déjà dans
le monde chaque fois que l'on prétend accomplir dans l'histoire
l'espérance messianique qui ne peut s'achever qu'au-delà d'elle à
travers le jugement eschatologique: même sous sa forme mitigée,
l'Eglise a rejeté cette falsification du Royaume à venir sous le nom de
millénarisme, surtout sous la forme politique d'un messianisme
sécularisé. (CCC 676)
Bien que toute tentative d'améliorer la condition humaine est
en
elle-même légitime et bonne, les Écritures et les enseignements de
l'Église sont clairs: aucun ne pourra "réparer le monde" par lui-même
tout en restant autonome par rapport à Dieu. De même le royaume de Dieu
ne sera pas accompli "par un triomphe historique de l'Eglise
(cf. Ap 13,8) selon un progrès ascendant mais par
une victoire de Dieu sur le déchaînement ultime du mal (cf. Ap
20,7-10) ," c'est-à-dire le dernier jugement (CCC 677).
Ces paroles devraient nous inciter à demeurer humbles et prudents
lorsque nous considérons les efforts des hommes politiques qui
cherchent à apporter la paix au Moyen Orient: est-ce que les solutions
qu'ils proposent laissent la place à Dieu et Sa révélation, ou
bien sont-elles simplement des solutions de surface "au prix de
l'apostasie de la vérité"?
L'Antéchrist de Soloviev
Dans son livre Jésus
de Nazareth,
le pape Benoit XVI mentionne une fascinante histoire courte
sur
l'antéchrist par l'écrivain russe Vladimir Soloviev
(1850-1900).
Le Cardinal Giacomo Biffi, qui a prêché en 2007 une méditation
de
carême au pape et aux membres de la Curie Romaine sur le sujet de
l'antéchrist de Soloviev, relève que
l'Antéchrist sera, selon Soloviev
un "spiritualiste convaincu", un admirable philantropiste, un
pacifiste engagé et
actif, un végétarien pratiquant et un défenseur déterminé des droits
des animaux. Il ne sera pas hostile "en principe" au Christ. En fait,
il appréciera l'enseignement du Christ. Mais il rejettera le fait que
l'enseignement du Christ est unique, et il niera que le Christ est
ressuscité et vivant aujourd'hui.
(Cardinal Giacomo Biffi)
L'Antéchrist de Soloviev écrit un livre intitulé Le chemin vers la paix et
bien-être mondial,
qui est acclamé par tous. La fraternité des francs-maçons
l'élit "Président à vie des États-Unis d'Europe," et il
rassemble
un concile œcuménique à Jérusalem où il offre aux chrétiens tout ce
qu'ils désirent - excepté le Christ lui-même. La grande majorité des
chrétiens acceptera cette tromperie et se soumettra à son autorité, à
part un petit groupe de catholiques, d'orthodoxes et de protestants qui
lui résisteront et lui diront: "Tu nous donne tout, excepté ce qui nous
intéresse, Jésus Christ." Leur résistance, bien entendu, provoque une
persécution féroce contre eux. (Court
Récit sur l'Antéchrist, Vladimir Soloviev 1900)
Le peuple juif et l'Antéchrist
Une question est particulièrement énigmatique :
qu'est-ce que
les juifs penseront de l'antéchrist? Comme à l'époque de Jésus, le
courant majoritaire du judaïsme est toujours dans l'attente d'un Messie
purement humain qui rachètera politiquement Israël et rétablira un
royaume terrestre évoquant la monarchie de David et de Salomon. C'est à
cause de cette vision que la plupart des juifs ont rejeté et
continue à rejeter la divinité et la mort expiatrice de Jésus,
malgré les nombreux éléments de la tradition juive qui indiquent
la divinité
d'un Messie
souffrant.
De ce fait , il est possible que le peuple juif accepte initialement la
tromperie de l'antéchrist et croie qu'il est le Messie attendu.
Cependant, comme nous l'avons vu, les juifs reconnaîtront le Christ
avant Son retour, ils verront (il faut l'espérer) finalement
clair
à propos de la tromperie de l'antéchrist et l'abandonneront,
probablement au prix d'une terrible persécution.
Ce qui est intéressant, c'est que Soloviev spécule la même
chose:
Lorsque [l'Antéchrist] transfera sa résidence à
Jérusalem,
en faisait courir secrètement parmi les juifs la rumeur que son
objectif principal était d'établir la domination d'Israël sur le monde
entier, les juifs l'acclamèrent comme leur Messie, et leur exultation
et leur dévotion à son égards ne connurent pas de limites. Et ils se
levèrent alors, pleins de colère et assoiffés de vengeance... Vous
voyez, les juifs, qui considéraient l'Empereur comme un vrai Israélite
de sang, découvrirent de façon inattendue qu'il n'était même pas
circoncis. Le même jour tout Jérusalem, et le jour suivant toute la
Palestine étaient en armes contre lui. Le dévotion fervente et
illimitée au sauveur d'Israël, le Messie promis, laissa la place à une
égale haine sans limites de l'habile tricheur, de l'imposteur
imprudent. Toute la nation juive se leva d'un seul homme et ses ennemis
furent surpris de voir que l'âme d'Israël, en son tréfonds, vivait non
pas dans le calcul et les aspirations de Mammon mais par la puissance
d'un sentiment très puissant -- l'espérance et la force de sa foi
éternelle dans le Messie...
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